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Année 2011

  

Le cadet de mes soucis.

 
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     Je pris le premier rafiot venu, traversai la mer du Nord. On m’accueillit à Kristiansand au sud de la Norvège. Je vis un gosse à un bâtiment et demi de moi, courant yeux fermés. Il se ramassa dans l’eau glacé où il reprit ses esprits ; assez pour vivre sa noyade. Les bonhommes du port pétaient une coche…  Moi je matais le môme se noyer. Peu après, il me remercia de ne pas être intervenu. Il voulait se faire sauter le caisson, il me retraça son histoire :

« Le loupiot vivait avec sa vieille dans les égouts, il faisait chaud et la fumée rendait l’endroit chaleureux. Il avait erré la journée dans la rue à la recherche de modestes trésors dans les poubelles. Et quand la nuit tombait, il rentra chez lui, vingt deuxième bouches où sa mère l’attendait. Elle semblait préoccuper par quelque chose. La  marâtre expliqua à son morveux qu’elle s’était engrossée au travail et par conséquent qu’il aurait un frangin. Ce concept lui parut malsain. Futé, il sortit de sa poche, un flacon crasseux d’éther, dégotté dans une poubelle. Il incorpora le flacon entier dans la boustifaille de la putain pour l’endormir ou la tuer, mais ça, il l’ignorait encore. Il ouvra à l’aide d’une lime à ongle, ramassée dans la rue, le ventre de la grosse. Puis, après avoir tracé un cercle, enleva le couvercle. Il fut déçu de ne pas voir son frère, mais savait que ce n’était rien d’autre qu’un embryon; à la place, étaient présent des tuyaux semblables aux égouts. Il ramassa alors une pierre, la plus grosse présente, et la posa dans le ventre de la mère. Il prit alors le fil et l’aiguille posés sur un carton, servant d’accoutume à agrandir son gilet. S’il fallait en plus le partager avec un damné… Bref, il referma le couvercle de la mère, puis la matrone ne se réveillant pas, il sortit de la bouche vingt-deux et couru avant de tomber dans l’eau glacé. »

 

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Année 2011



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     C’est un samedi pluvieux de février. Il est 9 heures et nous avons quelques centimes à dépenser alors on prend une décision de groupe, celle d’aller à ED. Je suis accompagné de mon frère et d’un ami d’origine arabe plutôt bien intégré qui est la cause de notre présence. En effet, il n’habite pas Lons-le-Saunier et se voit donc obligé de rester des journées dans le centre-ville, seul, quand mon frère et moi ne sommes pas là.

Décidés, on rentre par le parking. Une dizaine de voitures seulement sont stationnées dont la moitié au personnel. On entend à notre gauche un sifflement, on tourne le regard et on perçoit un homme, vêtu de baskets Nike trouées d’où ressortent ses chaussettes, un pantalon qui a survécu, un blouson avec les poches déchirées emplis de… je ne sais quoi. Une moustache a pris place sur son visage, faisant ressortir son caractère primaire. Enfin, il porte un bonnet bleu foncé en discordance avec ses vêtements. Mais qui donc aurait pu le juger sur son apparence physique ?

Il est mi-corps dans une benne à ordures où tous les aliments périmés sont jetés. Il fait un geste de la main qui est plutôt persuasif. N’importe quel passant peut croire qu’on est complice avec cet homme. Ne trouvant point d’alternative pour y échapper, on se dirige contre notre gré près de la benne, il demande à ce qu’on tienne son sac, notre ami arabe s’en charge. Il ramasse plusieurs boîtes de viandes où je peux lire la date de péremption. Elle datait de trois mois. Il trouve des crevettes .

« Ça, c’est pour mon chat ! »

On fait un signe de la tête pour approuver.

Après quelques minutes, il sort de la benne assez facilement : il a l’habitude. Il fait signe en direction de la porte d’ED, voulant dire : « Alors allons-y ! ». Une fois rentré, on prend volontairement le chemin opposé. On tente de trouver une boîte de biscuits pouvant combler nos désirs financiers, ce fut une sous-marque de Finger.

On se dirige en direction des caisses ; Je m’aperçois qu’une forte dame seulement nous sépare de l’homme à la benne. Je donne un petit coup de coude futile à mon frère qui répète de suite le geste à notre camarade. La femme devant nous, aimant profiter des réductions à en juger par son caddie et son poids, prend une initiative digne de la place qu’elle tient: c’est rare de nos jours. Elle est très perspicace : elle a remarqué qu’on avait un seul article donc que nous allions attendre longtemps pour peu de choses, alors elle entame une discussion :

«Passez ! »

Et on la remercie chacun à notre tour en passant devant elle.

Nous sommes à présent derrière l’homme à la benne, Il nous fait un clin d’œil, suivi d’un regard en direction de son biceps gauche plus gonflé que l’autre, par présence d’une bouteille de bière volée dissimulée sous son blouson. Il pose sa deuxième bouteille sur le tapis roulant.

« Un euro cinq», dit la vendeuse.

L’homme sort sa pièce, nous regarde en souriant puis fixe la vendeuse :

- C’est pas remboursé par la Sécurité Sociale !

La caissière grimace. L’homme, satisfait, prend sa bouteille et sort du magasin. Aigrie par son expérience, elle se venge et nous demande de vider nos poches, trouvant louche d’être trois pour acheter une misérable boîte de biscuits. Puis nous sortons à notre tour. Dehors, le voleur nous attend. Il tend la main à celui qu’il préfère, notre ami d’origine arabe.

« Je suis connu partout, tout le monde sait qui je suis, je m’appelle…»

Grand silence désagréable, tout le monde en profite pour chercher qui peut-il bien être. En voyant qu’avant ce jour, nous ignorions parfaitement son existence, il enlève majestueusement son bonnet, passe sa main dans ses cheveux et fait un geste orgueilleux de la tête, puis continue sa phrase :

« Michel… Mais on m’appelle Miguel de la Muerte. Ne faites jamais les mêmes erreurs que moi… J’ai tué un homme quand j’avais 20 ans… Légitime défense. »

Il nous regarde fixement, il attend de nous une réaction, alors notre ami prend la parole :

« C’est ce qu’il faut ! »

A l’accoutumée, il parle peu. En fait sa vie se résume à peu de choses : il est mauvais étudiant en Fac de psycho à Besançon, conduit une vieille Punto blanche et a un colocataire douteux.

Une jeune fille de dix ans et sa mère se dirigent vers l’entrée du magasin. Michel suit la jeune fille des yeux :

« Trop jeune ! »

Puis il remonte la manche de son blouson, enlève de sa bouche la cigarette qu’il a roulé peu auparavant et l’écrase sur son bras couvert de cicatrices désordonnées. Il n’éprouve aucune douleur. Pour ma part, j’ai poussé intérieurement un cri. Il nous explique par la suite que la police a dressé un plan de haute importance pour le surveiller : Le plan Epervier. L’explication est gestuelle, il lève son bras et fait un cercle avec son index. Une femme, la cinquantaine, passe dans son dos :

« Trop vieille ! »

Puis il met la main dans sa poche, essaye d’attraper un objet qui flotte à l’intérieur et le retire brusquement. Il tient un portable, l’ouvre. Nous ne tardons pas à comprendre qu’il veut nous faire écouter la nouvelle musique qu’il a téléchargée : on entend un imam diriger une prière puis des tirs d’armes à feux et, après un court silence, La Marseillaise.

« Alors ? » demande Michel, toujours à notre ami d’origine arabe.

Il répond sans trop se fouler :

«C’est ce qu’il faut ! »

Il a de la chance de ressembler physiquement à un Européen, ce qui lui permet d’éviter dans cette situation les désagréments d’un tueur raciste surnommé Miguel de la Muerte.

Michel pose la main sur la veste de notre ami, il retire un poil de chat :

« T’as un chat ! Il est blanc ! »

On se regarde tous et à travers une communication instinctive, décidons de jouer la surprise. Il reprend son téléphone et nous montre une photo de ses chiots. Il les dresse à l’attaque. Il manque d’argent pour faire opérer un de ses chiens qui est malade mais son frère accepte de payer, d’ailleurs c’est lui qui paye son forfait de portable NRJ Mobile. Puis, comme si cela passait après, il nous montre une deuxième photo, celle de son fils qui doit avoir deux ans. Je suis tellement effaré qu’il ait un chérubin que j’oublie de suite à quoi il ressemble. II ne nous parle pas de sa femme, il l’a peut-être tuée. Mais il nous parle de son enfance : il était dans notre lycée jusqu’en quatrième, ce fut sa dernière année.

Cela fait maintenant une heure et quart qu’on est avec Michel, et cette discussion burlesque risque de s’éterniser encore longtemps alors je sors discrètement mon portable et appelle mon frère. Voyant mon nom sur le cadran, il comprend le subterfuge et simule une conversation:

« Ah ! D’accord, eh ben j’arrive ! »

Puis raccroche.

« Je suis désolé, mais je dois vraiment y aller ! ».

Michel, peiné, reprend la parole :

« Je vais vous laisser ! Faut que j’aille à Passerelle 39 pour mes problèmes d’alcool. Ne faites jamais les mêmes erreurs que moi ! »

Il s’approche de notre ami, lui serre fortement la main, lui fait une accolade et murmure assez fort pour qu’on entende :

« Toi et moi, on est frères de sang ! »

Notre ami se sent obligé de répondre :

-C’est ce qu’il faut !

Puis chacun reprend sa route.

 
 

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Année 2011

 
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Tâter de la brique.

 

      Je m’assois sur un banc et contemple le genre humain. J’ai finis de chercher. Je sais tous. Quel homme peut prétendre connaitre la véritable raison de l’existence humaine ? Moi. Un garçon court sans aucun but, en gesticulant les bras et criant tel un arriéré…  insouciant ; Moi je ne me prends plus les pieds dans le bac à sable. J’ai désormais une raison de vivre. Comment en suis-je devenu là ? J’ai visité les âmes des poètes, elles sonnaient fausses et un jour j’ai rencontré un homme de grande sagesse intérieure.  Il était si vrai, ce n’était pas des paroles vaines de sens.  C’était de la brique rouge et crasseuse, moi j’aime tâter le concret. C’est de cela qu’on a besoin pour vivre. Je l’ai rencontré par hasard.  Je marchais, je m’étais pourtant dit « il faut que je m’arrête de marcher », ça m’ennuyait de me déplacer. Je préférais m’ennuyer assis. Dans la rue à ma droite il y a un banc, celui sur lequel je suis assis en ce moment. Il est toujours à l’ombre, confortable. Il est placé à une intersection : un panorama d’immeubles et de rues encombrées. Les gens passent et ne vous voient pas.  L’endroit n’est pas joli mais d’ici je peux glousser de la condition humaine et me crasser de fumée noire. Mais j’ai continué tout droit. Je ne me suis pas arrêté. J’ai marché encore et encore. M’assoir aurait été un abandon. Je ne sais pas lequel. Un de ces objectifs idiots qu’on se lance à soit même. Jouissance. Je commençais à me sentir seul. La rue était longue et déserte, et pas photogénique pour le touriste  Chinois devant moi -qui bougeait dans tous les sens- pour trouver un angle propice à la façade d’un immeuble pourpre ;  jaune auparavant.  Les magasins fermaient tous les deux mois après leurs ouvertures, j’étais moi-même touriste à chaque venu piétonne dans cette rue. Tourné à droite n’aurait vraiment pas été un mal. La rue résonnait. Je m’étais retourné. Un homme courait. Il était assez loin mais… assez prêt tout de même pour remarquer qu’il était fort. J’avais pris, jadis, l’habitude d’utiliser cet euphémisme. Je peux maintenant dire que c’était un beau tas de graisse. Si j’avais su que cet homme allait changer ma misérable vie couronnée de vide et dénuée de sens… Quand je l’ai vu, je n’ai pu m’empêcher à un ami qui sortait seulement par temps de pluie pour seul raison que les joggers restaient chez eux attendant à la fenêtre que le ciel arrête de leurs uriner dessus. Il se rapprochait. Je me retournais toutes les cinq secondes seulement. Je ne voulais pas qu’il m’écrase. La terre trembla. Je me suis décalé sur ma gauche contre la façade d’un bureau de tabac -fermé- et j’ai plissé les yeux. Il me doubla. Puis s’arrêta. Il mit ses mains sur ces genoux et haleta. Il était assez grand ; mais bien plus gros que grand. Il avait un short noir qui moulait sa graisse, et un tee-shirt blanc mouillé. Il sua de partout. Il enleva ses lunettes et s’essuya le front avec son avant-bras suant. Il n’était pas comme les autres coureurs du dimanche. Il ne courrait pas dignement torse bombé, mais au contraire, il était ridicule ; plus que les autres. M’apercevant du coin de l’œil, il m’analysa. Il avait dû voir que j’étais faible d’esprit comme de cœur. A première vue il ressemblait à un pédophile. Les apparences sont trompeuses.  C’était un homme bien. D’ailleurs il courait, il se surpassait, en permanence contre lui-même, contre ses grosseurs. C’était humain, c’était réel : l’homme hait ses complexes. Sa carapace protégeait un esprit. Un esprit qui a changé à jamais ma vie. Il n’avait aucune raison de prononcer ces vers philosophiques. Le fond et la forme formaient un tout. C’était un poète, mais pas un de ces poètes qui codent la prose, non lui, il taquinait la langue. Il avait vécu ; pas que du bien. Il représentait les vrais sentiments : ceux que l’on aime et pourtant cache. Il dégageait une force monstrueuse semblable à de la folie : ce n’en était pas. Tout était contrôlé chez lui, ce n’était pas des mots dit aux hasards, il y avait une logique, une pensée irréfutable… J’étais immobile, la bouche ouverte. J’attendais qu’une chose se produise. Lui me regardait fixement, il était impressionnant. Il rentrait son lacet -qui n’était pas défait- dans sa basket à talon. Il remit ses lunettes, et se dressa. Mon regard était fixé sur ses lèvres : allait-il parler ? Sa langue sortit de sa bouche et humidifia ses lèvres d’un coup sabré… Il allait parler :

    « Les salopes, il faut leur rentrer dedans aux salopes, mais attention avec du plastique. » dit l’homme.

    Qui d’autre ? Qui d’autre, à ce moment précis de ma vie, aurait pu prononcer ces quelques mots triviaux à première vue, mais si humain au fond. Il ne m’avait pas dit « bonjour » ou « il fait chaud aujourd’hui, il parait que la chaleur sera pire demain », non lui m’avait donné un conseil avec condition, une raison de vivre. On est resté les deux immobiles. Je réfléchissais. Et si le sens de la vie, la lutte de l’humain, c’était cela. Il continua son chemin. Je suis toujours sur mon banc. J’ai cette force. Mon vide a basculé. J’attends mon tour pour tâter de la brique.

 

 

 

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Année 2011


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La belle est la bête.

  

      Les prémices de mon voyage eurent lieu au Royaume-Unis, je me heurtai à une jeune peau anglaise qui me compta son histoire biscornue :

    La bourgeoise pré-pubertaire anglaise rouscailla pour son âge de sagesse un sublime poney français formidablement sculpté. Son paternel, un bougre moustachu déclara que les seuls chevaux nains qui franchiront les confins du jardin seront en steak.

    Chose dite, chose promise, la fille souffla ces sept bougies sur une cuisse bien saignante. La jeune anglaise prit tellement gout à la gastronomie française qu’elle jura de s’en bâfrer chaque jour.

    Vint le soir, extinction des feux, permettant de jardiner de bon matin. Une fois que les parents pioncèrent comme des souches, la fillette partie en escapade, arqua jusqu’à la tombée de la lune, et se ramassa la gueule devant un champ où trois canassons la regardèrent. Elle dégaina de son pantalon de pyjama un couteau de cuisine bien aiguisé de la vieille. Elle franchisa  la barrière en bois moisi par le temps anglais. Voulant s’en mettre plein la lampe, elle planta le couteau dans la gorge de la bique puis découpa tant bien que mal la viande. Elle mit les morceaux informes dans son cartable. Elle s’apprêta à franchir de nouveau le morceau de bois servant de barrière quand le deuxième canasson laboura la joliesse à coup de sabot ; La frimousse en sang, son cartable emplit de morceaux de viandes, elle détala en feignant l’air jusqu’à sa demeure. Le minois défiguré, elle ne put recevoir sa claque habituelle.

    On lui prit la peau des fesses pour reconstituer son visage. La jeune anglaise de nouveau dans sa turne, retourna voir la bête au sabot facile, une fourche éclata vite fait la bestiole. Elle arracha la peau du cheval et la colla sur ses fesses. Elle sourit. Elle ne put s’empêcher de penser à chaque fois qu’elle mit son derrière sur une chaise ou un fauteuil  qu’elle était assise sur un poney galopant dans les lopins de terres infinis.

 


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